• Réflexions de l'orthorexique : le végétarisme (suite)

     

     

     

    Pour y avoir bien réfléchi, je me rends compte que ce qui me gêne (le mot étant un euphémisme), ce n’est pas manger de la viande… c’est manger de la viande d’élevage.

    Je l’ai déjà dit mais je le répète : l’homme est omnivore. Donc il est fait pour, entre autres, consommer de la viande, à l’instar de tous les omnivores et carnivores. Que l’être humain ait tué pendant des millénaires pour se nourrir, et ainsi survivre, ne me semble pas plus choquant qu’un lion qui tue une gazelle pour survivre lui aussi. Enfin si, les images me heurtent, mais je ne vais pas aller à l’encontre de la nature qui a décidé cet ordre des choses. C’est ainsi.

    Par contre, il y a environ dix mille ans, l’homme se sédentarise et développe l’agriculture et l’élevage (ou il développe l’agriculture et l’élevage, ce qui lui permet de se sédentariser, j’ignore dans quel sens ça s’est fait, les deux sont allés de concert, certainement).

    Évidemment, pas plus que quiconque, je n’étais là à cette époque pour voir comment les choses se sont passées. Mais la taille des cheptels a dû rapidement grandir, surtout quand la population a commencé à se concentrer (villages et villes). Le bétail étant destiné en même temps à fournir de la viande et du lait, ça a dû faire assez vite des troupeaux importants.

    Donc, à partir de ce moment-là, l’homme tue et mange des animaux qu’il a élevés dans ce but. Et ce n’est plus du tout la même chose que chasser son gibier. Car cette fois, il ne fait plus comme les autres espèces omnivores et carnivores : il engraisse des bêtes pour ensuite les sacrifier. Dans la nature, il est le seul à agir ainsi. Et il me semble que c’est cela qui pose des questions d’ordre moral.

    Certains individus aiment faire souffrir et tuer, ce n’est pas une découverte. Donc dès le début de la sédentarisation, comment a-t-on traité les animaux, devenus des sortes d’objets à la disposition des êtres humains ? Bien ou mal ? Parfois bien je l’espère, mais souvent mal, c’est certain.

    Et aujourd’hui, nous en arrivons aux abominations de l’élevage industriel. Il est inutile bien sûr de tout décrire, mais on peut donner quelques aperçus. France 5 a diffusé assez récemment un reportage « Faut-il continuer à manger des animaux ? », dans Le Monde en Face. Je savais à peu près tout ce qui a été dit… il n’empêche que ça fait frémir.

    Citons par exemple les poules, parquées dans des hangars gigantesques, où la lumière est allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour les empêcher au maximum de dormir. Stressées, elles passent leur temps à manger (c’est l’objectif, elles doivent grossir vite pour être mises sur le marché rapidement), dans une saleté répugnante, pas mal meurent. Et ce n’est pas mieux pour celles destinées à produire des œufs (hors élevages bio en plein air).

    Autre monstruosité, les porcs : les porcheries industrielles produisent plus de 90% en France des porcs que nous consommons (beaucoup moins dans un pays comme la Grande-Bretagne). Et là, c’est l’horreur. Les truies sont toutes inséminées le même jour, mettent bas quasiment toutes ensemble dans une immense salle destinée à cela. Ensuite, chacune est parquée dans un microscopique enclos : couchée sur un côté à même le béton le plus souvent, la bête est entourée de barrières métalliques qui l’enserrent si étroitement qu’elle ne peut même pas se retourner. Elle est là pour manger le plus possible, nourrir ses petits afin qu’ils engraissent très vite. Cela dure quarante jours. Interrogé, l’éleveur disait seulement : « Les cochons sont bien comme ça, ils n’ont pas besoin de bouger, ils ne le font quasiment pas dans la nature ». Il me semblait bien pourtant en avoir vu s’ébattre dans des champs… mais j’ai dû rêver !

    On peut aussi évoquer les élevages intensifs de vaches qui n’ont jamais vu la lumière du jour, les moutons, etc.

    Je ne conçois pas que dans ces structures gigantesques, on puisse aimer les bêtes : ravalées au rang de simple objet, elles ont perdu leur statut d’être vivant. Elles ne sont que de la viande sur pattes.

    Bien sûr, certains producteurs sont respectueux. Ceux qui ont de petits troupeaux, laissent les animaux à l’air libre, et les nourrissent de façon naturelle. Il n’empêche qu’au bout du compte, eux aussi les conduisent à l’abattoir.

    Et les abattoirs justement… faut-il en parler ? On a tous vu des images tournées clandestinement, montrant des individus qui prennent plaisir à faire mal, qui ne respectent pas les règles « déontologiques » pourtant normalement imposées dans le métier (étourdir la bête avant de la tuer). De toute manière, quand on sait comment elle est étourdie !

    Sans compter que pour les tuer, il faut les conduire justement à l’abattoir. La plupart du temps, cela nécessite de longs trajets (jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres), pendant lesquels les animaux sont serrés les uns contre les autres dans des camions. Tous n’y survivent pas. Et leur stress est maximum. D’ailleurs, ce stress peut-il permettre de produire de la viande de bonne qualité ? J’ai des doutes, surtout quand on voit tout ce qui passe dans un organisme vivant sous l’effet de la peur, de l’angoisse.

    Alors oui, manger de la viande d’élevage, ça me pose un problème. Surtout de nos jours (mais ça avait dû commencer il y a fort longtemps), c’est un concentré de souffrance physique, bien sûr, mais aussi morale. Et ce sont des choses auxquelles on ne songe pas, ou on ne veut pas songer, quand on achète ses escalopes.

    Je sais, on me dira que vu la population mondiale, chacun ne peut pas aller chasser son gibier pour se nourrir comme à l’époque préhistorique. C’est une évidence. Mais il y a d'autres solutions. 

    (J'ouvre ici une parenthèse : certes, la chasse existe encore, mais je ne veux même pas parler de celle qui est pratiquée dans nos contrées, c’est-à-dire sous forme de loisir. Les quelques chasseurs que j’ai connus m’ont plutôt dégoûtée. Là encore, il y en a peut-être (et même certainement) qui sont respectueux de l’environnement, du monde animal, mais je ne crois pas malheureusement que ce soit la majorité. Que reste-t-il dans ce cas ? Les viandards, ceux qui comme un ancien collègue, quand ils ne ramènent rien, tirent en rentrant chez eux sur un chien ou un chat « pour dire d’avoir tué quelque chose » (sic). Et qui après vont, je suppose, au supermarché acheter des steaks sous emballage plastique.)

    Alors oui, l’homme est omnivore, oui, l’homme est fait aussi pour manger de la viande, mais de la viande d’élevage, là non. Surtout pas quand elle a été produite dans de telles conditions, qui sont indignes.

    Je sais que je ne changerai pas les choses, que je ne changerai pas la nature humaine, ni la société dans laquelle je vis… mais je peux au moins faire le choix de ne pas consommer cette souffrance.

    D’autant qu’encore une fois, dans nos pays dits « riches », la viande n’est pas du tout indispensable pour survivre. Si c’était le cas, je pourrais mieux comprendre. Mais on a mille façons de se nourrir et d’avoir sa ration de protéines sans se prêter à ce cauchemar. Et je n’évoque pas à nouveau ici les dégâts que l’élevage entraîne pour la planète.

     

    Être végétarien peut sembler aller à l’encontre de l’essence de l’homme. Et pourtant, à l’époque actuelle, n’est-ce pas manger de la viande qui est devenu contre-nature ?

     

     

     


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