• L'orthorexique et Linecoaching

     

     

    J’ai découvert le site Linecoaching par hasard, en traînant sur internet.

    Il s’agit, comme son nom l’indique, d’un site de coaching en ligne, dédié principalement à la perte de poids. Ses initiateurs sont deux médecins, le docteur Apfeldorfer, psychothérapeute, et le docteur Zermati, nutritionniste. Le slogan, surprenant, un peu provocateur, est « Maigrir sans régime ». Chez Linecoaching, on promet en effet un amaigrissement en ne se privant de rien : ni chocolat, ni gâteaux, ni charcuterie, ni plats en sauce, etc.

    L’accroche est donc séduisante. Qui ne rêverait de perdre du poids en mangeant de tout ? Naturellement, la réalité est quand même moins simple.

    Si on veut résumer, le principe est que toutes les calories se valent. 100 calories de haricots verts ou 100 calories de chocolat « pèsent » exactement pareil dans la balance alimentaire. Cela semble une évidence, mais il faut admettre que cette idée est quand même novatrice dans sa formulation. Car je ne connais pas un nutritionniste (je n’en connais d’ailleurs aucun), ni un magazine féminin, qui au moment de prôner un « rééquilibrage alimentaire », comme on dit aujourd’hui, encourageraient à consommer du chocolat au lieu de haricots verts. D’ailleurs, quand les régimes traditionnels « autorisent » un peu de chocolat, c’est un carré, du noir (moins calorique), et cela doit rester exceptionnel… un petit plaisir coupable sur lequel on a le droit de craquer, mais pas trop souvent.

    Les docteurs Zermati et Apfeldorfer affirment au contraire qu’on peut maigrir en mangeant quotidiennement du chocolat au lait, par exemple (ou du saucisson, ou du cassoulet, ou je ne sais quoi de bien riche, bien gras, bien sucré).

    Évidemment, ils mettent rapidement un bémol. Pour eux, on ne peut sortir du fait que si l’on veut mincir, il faut absorber moins de calories que ce que l’on en dépense dans une journée. Admettons (je donne n’importe quels chiffres) qu’une personne très active brûle 4000 calories par jour, si elle en avale 5000, elle grossira, si elle en avale 4000, elle restera stable, si elle en avale 3000 (ou moins), elle maigrira.

    C’est même encore un peu plus subtil que ça. Certes, il faut que les « sorties » énergétiques contrebalancent les « entrées ». Mais les deux médecins expliquent qu’il faut aussi tenir compte de ce qu’ils appellent le « poids d’équilibre » (ou « set-point » si on veut avoir l’air dans le coup).

    Ce poids d’équilibre est celui pour lequel notre organisme est génétiquement programmé. Car il est flagrant que nous ne sommes pas égaux devant le poids, nul ne peut le nier. Certains seront toujours un peu ronds même s’ils ne font aucun excès, d’autres seront maigres quelle que soit leur alimentation. Souvent, on observe cela dans les familles. Il y a des familles de gros et des familles de minces. (Encore que là aussi, il y ait des nuances à apporter : est-on gros uniquement par la génétique ou parce que se transmettent certaines habitudes alimentaires : bien manger, manger des aliments riches, etc. ?)

    Et pour compliquer encore les choses, le poids d’équilibre peut varier au cours de la vie (et malheureusement selon les docteurs Apfeldorfer et Zermati, quand il varie, c’est toujours à la hausse… Cela étant, mon expérience personnelle m’a montré qu’au contraire, même si c’est plus rare, le poids d’équilibre peut baisser).

    Il peut se modifier du fait de maladies, de prise de médicaments, à cause de la multiplication de régimes restrictifs qui, par l’effet yoyo, feront que le corps va se reprogrammer à un poids plus élevé que celui d’origine, à cause des grossesses et de la ménopause pour les femmes, etc.

    Bref, tout ça n’est guère simple, et justement, un des mérites des deux médecins est de montrer la complexité du mécanisme de la prise et de la perte de poids (au lieu de se contenter de dire que les gros mangent trop et ne font pas assez d’exercice, manquent de volonté, etc., et qu’il n’y a qu’un bon régime pour tout résoudre).

    Comment entendent-ils faire maigrir leurs « patientes » (il y a surtout des femmes dans le programme) ? Pour eux, on tend vers son poids d’équilibre quand on mange exactement à sa faim. Le but est donc de manger quand on a faim… mais aussi de s’arrêter quand on est à sasiété. Ils ne promettent quand même pas de manger de tout en n’importe quelles quantités (et il me semble que de ce point de vue-là, le slogan de leur site est un peu trompeur).

    Si on suit ces préceptes et qu’on est au-dessus de son poids d’équilibre, on va perdre des kilos jusqu’à arriver à ce « set-point » qu’on maintiendra ensuite en conservant les mêmes habitudes. (Dans une logique identique, si on est en dessous de son poids d’équilibre, quelle qu’en soit la raison, on va grossir. Mais je n’ai pas vu un tel cas chez les abonnées !)

    Et cela, quoi que l’on mange. À mon avis, c’est ça qui est assez révolutionnaire dans leur démarche. Inutile de se gaver de légumes bouillis arrosés d’un filet de jus de citron, dont on va se lasser pour risquer de basculer dans une compulsion d’aliments riches. Mieux vaut manger ce que l’on aime… mais dans la juste quantité. Celle que nous indiquent la faim et la « fin de la faim ».

    Selon cette théorie, on peut très bien n’absorber QUE du chocolat au lait dans une journée, si c’est exactement selon nos besoins (besoins que le corps nous indique par la sensation de faim, qui nous dit de nous alimenter, et par la sensation de satiété, qui nous dit d’arrêter).

     

     

    Je reconnais que je trouve cette approche attirante et probablement juste, parce que très logique. Elle est en plus déculpabilisante car chacun peut manger ce qu’il aime et non ce que des prescripteurs de régimes disent qu’il faut manger (même si on déteste).

    Je ne me suis jamais inscrite, n’ayant pas de problèmes de poids, mais j’ai parcouru le forum du site et lu quelques témoignages de clientes. Disons que si on arrive à adopter ces conseils, ça a l’air de marcher. Disons aussi que ce site s’adresse surtout à des personnes qui ont des troubles du comportement alimentaire (TCA) et qui ne savent plus comment se nourrir, qui passent d’une restriction extrême à des craquages extrêmes. Chez Linecoaching, on propose de réapprendre les signaux de son corps, de les respecter… et de perdre des kilos par voie de conséquence.

    J’ai en fait simplifié la pensée des docteurs Apfeldorfer et Zermati car ils insistent sur d’autres points : l’importance de la dégustation (et là, je suis à 100% d’accord avec eux), la gestion de ses émotions, la pleine conscience.

    Ce programme semble plus complet, plus global, plus intelligent que la plupart de ceux destinés à faire maigrir les gens à tout prix (et dont on sait qu’ils reprennent en général tout ce qu’ils ont perdu, quand ils n’en reprennent pas plus. À l’exception de personnes capables de se priver à vie… ce qui est loin d’être le cas de tout le monde !)

     

    Pourquoi est-ce que j’ai évoqué cette méthode (je pourrais presque dire cette philosophie) ? Parce qu’au fond, elle me parle. Parce que peut-être, si je l’avais rencontrée à une période où je souffrais de troubles du comportement alimentaire, je me serais évité des soucis (je dis « peut-être » car au vu des témoignages du forum, ce n’est quand même pas si simple et toutes les femmes ne réussissent pas).

    Mais pourquoi est-ce que j’en parle en l’associant à l’orthorexie ?

    Sans doute parce que justement, c’est ce qui me chiffonne quand même dans cette démarche.

    Plusieurs de leurs clientes (patientes ? abonnées ? je ne sais pas comment il faut dire) avouent des tendances à l’orthorexie. Les deux médecins, pour leur part, essaient de leur faire combattre ce penchant qui s’apparente en effet selon eux à ce qu’ils appellent « la restriction cognitive » (on se prive d’un aliment ou on le diabolise car il est jugé grossissant, « malsain », « mauvais »). On lit d’ailleurs des témoignages de personnes qui très attentives à leur alimentation au départ, reviennent peu à peu aux produits industriels, au Nutella (je crois que je caricature un peu ici, le Nutella étant « le mal » pour moi, mais c’est l’idée).

    Le docteur Apfeldorfer estime que tous les produits de consommation courante sont bons de nos jours, que d’ailleurs nos corps sont faits pour tolérer une certaine quantité de substances « nocives », et qu’on peut manger les yeux fermés à peu près tout ce qu’on nous propose. Il admet seulement que nous manquons globalement d’omégas-3 et d‘antioxydants dans l’alimentation moderne, et qu’on peut en prendre en suppléments.

    Là, je reconnais que ça me surprend, venant de médecins. Fruits et légumes bourrés de pesticides (voir le dernier rapport en date), gluten surajouté, additifs de toutes sortes, dioxyde de titane, sirop de glucose, huile de palme… impossible évidemment d’établir une liste, mais dire qu’aucun des produits industriels n’est mauvais, qu’on peut les consommer sans états d’âme, que notre corps sait s’adapter… là, j’avoue que j’ai un peu de mal. Je ne vois pas bien comment mon corps supporterait sans problèmes le glyphosate (pour citer seulement un produit qui a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps).

    Il y a dans ce discours la négation d’une réalité qui semble pourtant bien avérée, et je reste perplexe face à leurs propos négatifs récurrents sur l’orthorexie.

     

    Donc, que Linecoaching soit bien pour faire la paix avec son alimentation, avec ses troubles du comportement alimentaire, voire pour perdre des kilos, je le conçois et cette méthode me semble brillante, innovante et peut-être même juste.

    Mais le message véhiculé sur les aliments actuels qui seraient inoffensifs me paraît presque dangereux.

    Cela étant, il est possible qu’étant focalisés sur une guérison des compulsions alimentaires (car à un certain stade, on peut bien parler de « maladie » et de « guérison »), les deux médecins préfèrent ne pas rajouter une nouvelle source de stress pour des personnes chez qui manger est de toute manière un problème permanent. C’est sûr que lutter contre des troubles du comportement alimentaire et en plus s’angoisser sur la qualité de la nourriture, ça fait beaucoup, et leur job à eux, c’est d’atténuer ou de supprimer les TCA.

    Il n’empêche que si dans un premier temps, on pourrait concevoir qu’ils conseillent de manger de tout sans rien exclure (y compris une nourriture industrielle et transformée qui est reconnue comme nocive), inciter ensuite à revenir à une alimentation plus saine serait, me semble-t-il, plus honnête.

     

    Parce qu’être mince mais malade, est-ce vraiment une réussite ? Même si je sais qu'être orthorexique ne protège malheureusement pas des maladies... Est-il besoin cependant de rajouter des facteurs de risques ? 

     

     

    Le blog Carnets d'une orthorexique a changé d'adresse. http://erzsie.eklablog.com est devenu http://carnets-d-une-orthorexique.eklablog.com

     

     

     


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